
SONTAG, Susan. L’œuvre parle. Le style Camp. Paris : Seuil, 1968, 342 p.
Compte-rendu des pages 307 à 314
Par Valérie Lehmann
Susan Sontag est une essayiste et romancière américaine, née à New York en 1933 et décédée en 2004. Engagée à gauche, proche de la pensée de Roland Barthes et compagne de la photographe Annie Leibovitz, elle fut connue pour son engagement politique contre la guerre du Viêt Nam, puis plus tard contre la guerre en Iraq et la torture pratiquée dans la prison irakienne d'Abu Ghraib. Son essai Sur la photographie est considéré comme l'un des ouvrages de réflexion majeurs sur le sujet.
Dans ce chapitre, Susan Sontag tente d’expliciter ce qu’est le « Camp » en utilisant un grand nombre d’exemples, d’artistes, d’images et de personnalités. Elle est très fortement attirée par le « Camp », mais non moins irritée. La forme de ce texte est celui de la note, de l’essai, ceci afin de mieux rendre compte des formes fugitives de cette sensibilité.
D’après elle, le camp n’est en aucun cas un concept, mais une sensibilité, une façon de voir le monde comme un phénomène esthétique où l’idéal ne serait pas la beauté, mais un certain degré d’artifice, de stylisation. Il est apolitique.
L’androgyne est sans doute une des figure dominante de l’imagerie d’une sensibilité camp, mais, de façon à priori contradictoire, il y a aussi une valorisation des avantages sexuels de personnalités : la féminité et la virilité appuyée de certains acteurs de cinéma comme Jayne Mansfield ou Victor Mature par exemple.
L’art camp est, le plus souvent, un art décoratif qui met en relief la forme au détriment du contenu. Le camp est une affaire de sensibilité, d’émotion et de goût personnel. Il est donc difficile d’exprimer ce que cela représente.
Cette sensibilité particulière, propre à notre époque, trouve son point de départ vers la fin du XVII ème siècle et le début du XVIII ème siècle, du fait de la prédilection surprenante de cette période pour l’artifice, son goût pour le sensationnel et le pittoresque.
Le « Modern’Style » est un style camp dans sa forme la plus typique et la plus évoluée, mais il est différent, car le camp abolit le contenu. Le camp est sensible au romantisme des grandes entreprises ratées ou non abouties : les génies méconnus, les œuvres oubliées et redécouvertes.
Le sens vulgaire de to camp (faire du camp) est une sorte de jeu de séduction avec des expressions toujours à double sens, une mimique de sous-entendus, avec la touche d’ironie pour les initiés, et le sens plus banal pour ceux qui restent en dehors de la confrérie.
Personnellement, je ne me sens pas très proche de la plupart des « œuvres » et des figures du style camp, car je suis littéralement allergique à ce qui se rapproche du kitsch, des choses colorées et du naïf. Mais d’un autre côté, j’arrive à apprécier le kitch gore, dépressif ou sanglant. Je pense ne pas encore avoir bien saisi les finalités de cette pensée et de cette sensibilité.







